• mer. / 9 janvier 2019 / 14:04
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Accord sur le nucléaire iranien: «Aucune action efficace de l'UE» (Jahanguiri)

یورونیوز

Téhéran (ISNA)- Le premier vice-président iranien Es'hagh Jahanguiri a accordé le 8 janvier 2018 une interview au correspondant de l’Euronews à Téhéran. Le texte intégral est ci-dessous:

Euronews: «Où en est-on de l'accord sur le nucléaire ? Il semble que les Iraniens en aient assez d'entendre toujours les mêmes arguments à son sujet. Que répondez-vous à ceux qui critiquent ce texte ? Que dites-vous pour le défendre ?»

«Cet accord a été l'une des mesures les plus importantes adoptées par la République islamique d'Iran. Il a été conclu pour lever des allégations sur lesquelles on s'est appuyé pour imposer des pressions à notre pays et à sa population. Que ce soit pendant les négociations ou bien aujourd'hui, nous avons toujours essayé de présenter les choses de manière honnête à nos concitoyens.

Malheureusement, les sanctions américaines ont été réinstaurées de façon encore plus préoccupante suite à la décision unilatérale de Washington de se désengager de l'accord.

Dans cette nouvelle série de sanctions, les Etats-Unis ont employé tous les moyens à leur disposition notamment en usant de leur pouvoir de séduction et en menaçant d'autres pays et des entreprises pour les empêcher de travailler avec la République islamique d'Iran.

En réaction, nous avons adopté des mesures dans un certain nombre de domaines. Nous avons par exemple, affirmé que tant que les autres signataires de l'accord respectent leur part du marché et en particulier, tant que l'Union européenne prend des mesures concrètes de ce point de vue, nous souhaitons son maintien et nous continuerons d'agir pour le préserver.»

Euronews: «Je voudrais parler de trois membres de l'Union européenne en particulier : l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Qu'ont fait ces pays pour préserver l'accord sur le nucléaire ?»

«Les trois pays que vous évoquez font partie des pays qui étaient d'accord pour respecter leurs engagements et obligations dans le cadre de l'accord si l'Iran tenait ses promesses. On attend de ces pays, mais aussi de la Russie et de la Chine qui sont les autres signataires de l'accord, qu'ils remplissent tous leurs engagements.

Jusqu'à présent, l'Union européenne en général et ces trois pays que sont l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont comportés comme il le fallait et en temps opportun, au niveau politique, en prenant des positions diplomatiques que nous avons jugées satisfaisantes. Pour autant, en termes de mesures pratiques, concrètes, ces trois pays n'en ont pris aucune qui nous permette de nous appuyer sur cet accord pour servir les intérêts de notre population et de notre économie.

Je crois que c'est l'un des tests les plus décisifs pour l'Union européenne depuis la Seconde Guerre mondiale. L'Union peut-elle prendre des décisions en étant indépendante du gouvernement américain, en particulier quand c'est une administration comme celle de Donald Trump qui est en fonction ? Les Européens sont-ils capables de défendre leurs propres intérêts et leurs engagements internationaux ?

En réalité, il n'y a eu aucune action efficace de la part de l'Union européenne [pour préserver l'accord].»

Euronews: «Pensez-vous que l'Union européenne a la volonté nécessaire ou plutôt, la capacité de s'opposer à Donald Trump ?»

«Nous supposions que l'Union européenne avait la capacité de le faire. Dans la théorie et dans les positions qui ont été prises, ses membres ont fait de bonnes choses. Mais, dans la pratique, la structure financière de l'Union et en particulier, son système bancaire ont montré qu'elle n'est pas capable de se présenter en tant que décideur indépendant et en tant qu'entité puissante pour pouvoir préserver les résultats qu'elle a atteints et remplir ses engagements. Pour autant, nous gardons l'espoir que les Européens respecteront leurs obligations.»

Euronews: «Quelle est votre ligne rouge ?»

«À chaque fois que nous devons prendre une décision au plan international, nous tenons compte des coûts engendrés pour notre pays et de nos intérêts nationaux.

Quand les avantages dépassent les coûts, nous nous tenons à nos décisions. Bien que nous ayons été largement déçus du manque de capacité de l'Union européenne à prendre une mesure concrète, nous pouvons encore espérer qu'elle puisse faire quelque chose pour que nous puissions récolter les fruits de cet accord sur le nucléaire.

Au plan intérieur, le gouvernement a subi des pressions importantes de la part de ceux qui pendant tout ce temps, ont estimé que l'Union ne respecterait pas ses engagements et qu'il ne fallait pas lui faire confiance.

Il est vrai que cette pression s'est faite de plus en plus forte dès lors que l'Union européenne a échoué à remplir ses engagements.

Pour autant, nous croyons que l'accord doit être préservé tant que les intérêts de la population iranienne l'exigent.»

Euronews: «Le gouvernement iranien envisage-t-il comme option de prendre de son propre chef, d'autres mesures en contrepartie du respect par l'Union européenne de ses promesses ? Je veux parler d'engagements en dehors du cadre de l'accord sur le nucléaire.»

«Non, nous ne prendrons aucun engagement en dehors de l'accord. Aujourd'hui, cet accord nous sert de cadre et il prévoit que toutes les parties qui l'ont négocié et signé respectent leur part du contrat.»

Euronews: «Les élections européennes doivent se tenir en mai et il est possible que Mme Mogherini et son équipe quittent leur poste après ce scrutin en cas de changement de majorité au Parlement européen. Comment voyez-vous l'avenir des relations entre Téhéran et Bruxelles en cas de départ de Mme Mogherini ?»

«Les gouvernements vont et viennent. Les engagements pris par des personnalités comme Mme Mogherini qui représente l'ensemble de l'Union européenne ne sont pas pris au niveau individuel. Ce sont des engagements pris par une entité appelée l'Union européenne au même titre que l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Qui est en fonction et qui détient le pouvoir, ce n'est pas le plus déterminant. Nous attendons de l'Union européenne qu'elle remplisse toutes ses obligations en vertu de l'accord sur le nucléaire quels que soient les changements qui pourraient survenir.»

Euronews: «L'hypothèse de l'ouverture d'un bureau de l'Union européenne à Téhéran reste d'actualité. Quelles sont les dernières informations à ce sujet ?»

«Le ministère des Affaires étrangères de la République islamique d'Iran suit cette question. J'espère que le ministère et l'Union européenne pourront arriver à un arrangement le plus tôt possible.»

Euronews: «Depuis quelques mois, on observe en France, un mouvement qui s'appelle les Gilets jaunes. Je suis sûr que vous en avez entendu parler. Selon vous, y a-t-il une ressemblance entre la contestation portée par les Gilets jaunes et les événements qui ont eu lieu récemment du côté des travailleurs en Iran ?»

«Il n'y a aucune ressemblance entre les deux. La Révolution islamique l'a emporté il y a 40 ans et aujourd'hui, nous nous apprêtons à célébrer l'anniversaire de cette victoire. La Révolution islamique avait pour premier objectif, de répondre aux besoins des catégories en souffrance dans la société, de garantir le développement des régions les plus défavorisées de notre pays et d'instaurer la liberté et la justice comme le demandait la population. Au cours des quarante dernières années, nous avons assisté à des meetings et à des rassemblements pacifiques dans les grandes villes du pays, tout comme à Téhéran.

Les slogans que l'on a pu entendre lors de ces événements étaient dans la droite ligne de ceux de la Révolution et des principales demandes de la population et sont très éloignés de ce qui se passe actuellement en France et dans d'autres pays européens. Ce sont des revendications qui émanent des organisations de travailleurs. Les opposants à la République islamique d'Iran à l'étranger et les détracteurs de son gouvernement ont tenté de donner une fausse image de ces demandes en affirmant qu'elles avaient un fondement politique. Bien sûr, des travailleurs peuvent avoir des exigences politiques. Mais en aucun cas, on ne peut assimiler ces revendications à une contestation publique comme celle du mouvement des Gilets jaunes en France.»

Euronews: «Comment analysez-vous les derniers développements en Syrie et le retrait des troupes américaines de ce pays ? Il semble que l'Iran serait amené à jouer un rôle moins significatif dans l'avenir de la Syrie. Etes-vous d'accord pour dire que la Russie et la Turquie essaient de réduire le rôle de votre pays en Syrie ?»

«Le seul pays qui ne change pas tout le temps de point de vue dans le dossier syrien, c'est depuis toujours, la République islamique d'Iran. Il y a des pays - et même certains de nos amis avec lesquels nous négocions actuellement - qui à une époque, insistaient sur le renversement du gouvernement syrien et le départ du président Assad.

Il semble que grâce aux soutiens qu'il ait reçus, le gouvernement de Bachar el-Assad aux côtés du peuple syrien et de l'armée syrienne a réussi à sortir victorieux de son combat contre certains groupes et des extrêmistes qui planifiaient de le renverser et de le remplacer.

La présence américaine en Syrie a toujours été illégale. Le gouvernement syrien n'a jamais invité les Etats-Unis à venir, même pour combattre l'Etat islamique. Il a été montré que cette organisation et d'autres groupes terroristes qui opèrent en Irak et en Syrie ont vu le jour grâce aux activités et au soutien des Etats-Unis, de certains pays occidentaux, mais aussi d'acteurs régionaux, en particulier, le gouvernement saoudien et le régime sioniste.

Quand ils ont vu que le gouvernement syrien et ses partisans surmontaient la crise, ils se sont dit que leur présence en Syrie était vaine et qu'ils devaient quitter le pays. Selon moi, le retrait américain de Syrie, cela veut dire que les Américains ont finalement réalisé que leur présence en Syrie avait eu un coût qui ne servait pas leurs intérêts.

Non, ce n'est pas comme cela que les autres acteurs pourront limiter la présence de l'Iran en Syrie. L'Iran aidera le gouvernement syrien tant que ce dernier aura besoin de notre aide.»

Avec Euronews

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